En prenant les obstacles l’un après l’autre, une solution fut trouvée. D’abord la classe : comment se formerait-elle et comment se préparerait-elle ? Je ne pouvais plus rêver d'une classe américaine identique à une classe française. Les enfants devraient alors apprendre à se connaître en se réunissant en dehors des heures de classe et en dehors des écoles. Le samedi matin fut choisi, à raison de trois heures, de 9 heures à midi. Une école fut quand même sélectionnée et ouverte à cet effet. Les enfants américains suivent ce qu’on appelle la semaine anglaise : jamais d’école le samedi matin. Je lui donnai le nom de club français pour éviter toute confrontation avec les enseignants. C’était une décision personnelle des parents à inscrire leur progéniture dans ce programme comme ils leur faisaient suivre des cours de tennis, de golf ou de natation. Cela ne regardait en rien l’enseignement en général. Les collèges et les lycées s’ouvraient tout naturellement le samedi toute la journée pour permettre aux équipes sportives de s’entraîner. Alors pourquoi pas une école primaire ?
Par conséquent les enfants inscrits durent accepter de sacrifier leur samedi matin pour se préparer : cours de français, aperçu de l’histoire de France, correspondance collective avec la classe française sous forme d’envoi de courrier et de documents sur leur ville , échange de lettres avec les familles . Pour la première classe je devins le professeur de français, ce qui me permit de développer une méthode d’enseignement efficace et assez simple : j’enseignais le vocabulaire et les expressions qui leur seraient absolument nécessaires pour survivre : dans la chambre, la salle à manger, au ski, formules de politesse. Puis l’idée me vint d’enseigner le même vocabulaire et les mêmes expressions en anglais aux petits français et j’instaurai un manuel bilingue que je distribuai à toutes mes classes françaises et américaines. L’avantage sautait aux yeux : les enfants ayant été exposés aux mêmes mots et formules dans la langue de l’autre pouvaient ainsi facilement s’entraîner à se faire répéter, chacun étant élève puis professeur à tour de rôle. Cette méthode eut un succès foudroyant et permit au programme de partir en flèche. Il n’y avait plus d’appréhension à utiliser la langue de l’autre puisque le vis à vis se trouvait dans la même situation.
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